“ Et si je n’ai pas assez de lait ?” C’est sans doute l’une des questions qui tracassent le plus les jeunes mères qui souhaitent vivre l’aventure de l’allaitement. Le manque de lait est pourtant un phénomène extrêmement rare qui touche très peu de femmes. Bien souvent, quand un bébé ne boit pas suffisamment, ce n’est pas la production de lait de la mère qui est en cause. Quelles sont les causes des difficultés d’allaitement et quelles sont les solutions ?
“Je n’ai pas assez de lait !” : on fait le point.
Comment fonctionne la production de lait ?
Dès le milieu de la grossesse, les seins produisent le colostrum, un premier lait jaune-orangé parfaitement adapté aux besoins du nouveau-né. Très concentré en protéines, en sels minéraux et en anticorps, le colostrum apporte une grande quantité d’énergie et protège le bébé contre les infections. De petites quantités suffisent à chaque tétée car il est extrêmement nourrissant. Souvent qualifié de « premier vaccin », il joue un rôle clé dans le renforcement de l’immunité de votre nouveau-né.
Après la naissance, l’expulsion du placenta entraîne une chute brutale des hormones de la grossesse qui freinaient jusque-là la lactation. Cette baisse permet l’action de deux hormones essentielles : la prolactine qui fabrique le lait et l’ocytocine qui permet son éjection.
La montée de lait survient en général deux à trois jours après l’accouchement : le colostrum est alors progressivement remplacé par un lait de transition, puis par un lait mature au bout d’environ deux semaines. Dans certains cas, comme après une césarienne ou un accouchement difficile, cette montée de lait peut être retardée.
La montée de lait est parfois accompagnée de sensations de tension, voire d’engorgement mammaire, pouvant rendre l’allaitement temporairement douloureux.
La production de lait repose ensuite sur un mécanisme de stimulation : lorsque votre bébé tète, les récepteurs situés autour de vos aréoles envoient un message au cerveau, qui libère prolactine et ocytocine. La prolactine agit sur les alvéoles pour produire le lait, tandis que l’ocytocine provoque la contraction des cellules autour de ces alvéoles, permettant l’écoulement du lait vers le mamelon. Plus vos seins sont vidés efficacement, plus la production est stimulée. À l’inverse, lorsque le lait s’accumule, un facteur inhibiteur freine la fabrication. La lactation s’adapte donc naturellement aux besoins de votre bébé grâce à sa succion.
Bon à savoir : la diversification alimentaire, qui débute autour de 4 à 6 mois selon les recommandations, ne signe pas forcément la fin de l’allaitement au sein.

Comment savoir si je n’ai pas assez de lait pendant l’allaitement ?
Le manque de lait est un phénomène rare. Pourtant c’est souvent la cause invoquée par les mères qui ont l’impression que leur bébé ne boit pas suffisamment. Avant de culpabiliser et de mettre en cause votre production de lait, il est essentiel de pouvoir évaluer si votre bébé s’alimente correctement.
Voici ce que vous pouvez surveiller.
La prise de poids de votre bébé
Dans les premiers jours de sa vie, un bébé perd en moyenne de 5 à 7% de son poids de naissance. À partir du 3ème ou 4e jour, il commence normalement à reprendre du poids (environ 20 à 30 grammes par jour). Il est censé reprendre son poids de naissance avant le 10ème jour. Si ce n’est pas le cas, il est possible qu’il ne boive pas assez de lait.
Les couches de votre bébé
Les deux premiers jours après la naissance, un bébé ne mouille qu’une à deux couches par jour. À partir du 5e jour, s’il boit suffisamment, il éliminera plus abondamment. En moyenne, 6 couches remplies d’urines et au moins 3 selles jaunes d’or par jour.
Si votre bébé mouille moins de 6-7 couches lourdes par jour, une des causes possibles est qu’il ne boit pas suffisamment.
Les signes de déshydratation
Si votre bébé présente des signes de déshydratation, alors qu’il ne souffre ni de fièvre, de vomissement ou de diarrhée, c’est peut-être qu’il ne boit pas suffisamment de lait. Les symptômes à surveiller sont les suivants : urine foncée, bouche sèche, pâleur, cernes, léthargie. Si votre bébé présente un de ces symptômes, alors nous vous conseillons de consulter aux urgences.
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Je n’ai pas assez de lait, quelles sont les causes de cette difficulté de l’allaitement ?
Une alimentation trop faible du bébé allaité est très rarement due à des problèmes physiologiques chez la mère (incapacité à produire assez de lait) et peut trouver son origine dans divers facteurs.
Une stimulation insuffisante de la lactation
Dans la plupart des cas, une trop faible production de lait s’explique par une conduite de l’allaitement qui ne permet pas de stimuler suffisamment la lactation. La lactation répond à la règle de l’offre et de la demande. En d’autres termes, plus votre bébé tète, plus vos seins vont produire de lait.
À l’inverse, si vous limitez le nombre de tétées et leur durée, il est possible que votre lactation ne soit pas assez stimulée. Votre production de lait est alors limitée.
Une mauvaise succion du bébé
Dès sa naissance, votre nourrisson dispose de multiples réflexes innés, dont le réflexe de succion. Le contact peau à peau stimule ce réflexe et permet à l’allaitement de se mettre en place naturellement, en suivant le rythme et les capacités de votre bébé.
Si votre bébé allaité ne tète pas correctement, votre lactation ne sera pas suffisamment stimulée et vous ne produirez “pas assez” de lait.
Une mauvaise succion s’explique généralement par une mauvaise position lors des tétées. Si la position pendant l’allaitement n’est pas adaptée, il est en effet possible que votre bébé ait du mal à saisir votre mamelon. Il ne peut alors pas téter correctement.
Il est également possible que votre bébé ait du mal à téter en raison d’un frein restrictif buccal (ou frein de langue) qui l’empêche de décoller suffisamment sa langue du plancher buccal.
Un bébé peut rencontrer des difficultés à téter s’il alterne fréquemment entre le sein et une tétine artificielle, ce qui peut perturber son réflexe de succion.
Si vous pensez que votre bébé a du mal à téter, n’hésitez pas à demander l’avis d’une consultante en lactation IBCLC lors d’une consultation en allaitement.
Un problème physiologique
Les problèmes physiologiques à l’origine d’une faible production de lait sont rares mais pas impossibles. Les plus courants sont l’hypoplasie mammaire, le stress, la fatigue intense ou encore la dépression. Certaines maladies chroniques ou chirurgies mammaires peuvent également gêner la production de lait. Si vous souffrez d’une de ces pathologies, n’hésitez pas à en parler avec votre médecin ou avec une consultante en lactation IBCLC.
Attention aux fausses alertes
Certains comportements de votre bébé peuvent vous inquiéter à tort :
- Un bébé qui tète très souvent ne manque pas forcément de lait : l’allaitement n’est pas qu’un repas, c’est aussi un besoin de réconfort.
- Les régurgitations, le reflux ou de petits vomissements sont fréquents chez le nourrisson et ne sont pas liés à une quantité insuffisante de lait.
- Un bébé qui pleure fréquemment n’a pas nécessairement faim, il peut exprimer un besoin de contact, de réassurance ou souffrir de coliques.

Si je n’ai pas assez de lait, quelles sont les solutions pour un allaitement serein?
Stimuler votre lactation
Pour stimuler la lactation, rien de plus efficace que de permettre à votre bébé de téter à la demande, sans restriction de fréquence ou de durée. Dès les premiers signes d’éveil vous pouvez donner le sein, ou quand il est en demi-sommeil (les bébés tètent très bien en dormant!).
Même s’il ne prélève que de petites quantités de lait au début, cela permettra tout de même à votre corps de sécréter de la prolactine et de l’ocytocine, les deux hormones qui favorisent l’éjection du lait. N’hésitez pas à faire des séances de peau à peau avec votre bébé quand vous le pouvez. Cela favorise également la production de ces hormones.
Si la succion de votre bébé n’est pas assez efficace ou si vous êtes séparés, n’hésitez pas à tirer votre lait en complément, pour permettre à votre lactation d’être davantage stimulée. Un tire-lait électrique à double pompage sera efficace dans cet objectif.
Prendre soin de vous
La fatigue et le stress peuvent perturber la lactation. Entre la fatigue de l’accouchement et les nuits écourtées, il est tout à fait normal d’être fatiguée lors des premières semaines (mois!) de vie de votre bébé. Essayez donc de vous reposer autant que possible et de vous faire relayer entre les tétées.
Bien s’alimenter
Autant que possible, il est important de conserver une alimentation équilibrée et variée et de s’hydrater suffisamment. Certains aliments sont réputés pour stimuler la lactation (quinoa, carottes, lentilles, amandes, noix de cajou, avoine, dattes,…). Mais ces aliments seront inefficaces si les seins ne sont pas assez stimulés et si la succion n’est pas assez efficace. La priorité est donc de veiller tout d’abord à un transfert de lait efficace.
Compresses d’eau chaude et compression mammaire
Les compresses d’eau chaude facilitent l’éjection du lait. Vous pouvez donc poser une serviette imbibée d’eau chaude sur votre poitrine avant la tétée afin de favoriser la production de lait. Cette technique a l’avantage d’être très pratique et économique.
Vous pouvez également procéder à des compressions mammaires durant la tétée pour aider à l’éjection du lait.

“Je n’ai pas assez de lait” : ne pas culpabiliser
Les débuts de l’allaitement sont souvent perçus comme instinctifs. Pourtant, l’expérience peut s’avérer plus complexe que prévu et ne pas correspondre aux attentes initiales. Lorsque l’allaitement ne se déroule pas comme imaginé, de nombreuses femmes ressentent de la déception, parfois accompagnée d’une forte culpabilité. Certaines ont alors le sentiment de ne pas avoir « vraiment » allaité et tendent à minimiser leur vécu, voire à se juger sévèrement, en se reprochant des manquements ou des faiblesses.
Cette culpabilité est largement nourrie par les nombreuses injonctions qui entourent l’alimentation du bébé. Entre les recommandations officielles, les avis de l’entourage et les normes sociales, les mères se retrouvent confrontées à une pression constante. Dès la grossesse, le choix entre allaitement et biberon devient un sujet de débat, chacun ayant une opinion sur ce qui devrait être fait et pendant combien de temps.
Il est important de ne pas oublier que la perfection n’existe pas. Accepter ses limites permet aussi à l’enfant de grandir dans un environnement où l’erreur est permise et fait partie de l’apprentissage.
Que l’alimentation soit basée sur l’allaitement maternel, l’allaitement au sein exclusif ou complétée par un biberon de lait artificiel, chaque situation mérite d’être accompagnée sans jugement. Transformer un « je n’ai allaité que trois semaines » en « j’ai allaité trois semaines entières » permet de changer le regard porté sur soi et de reconnaître ses réussites.
Le conseil de Caroline Plas, infirmière puéricultrice :
“Les maîtres mots de cette période sont patience et lâcher prise. Armez-vous en, et ne vous en faîtes pas, ça va passer !”
En résumé, la production de lait est un mécanisme naturel, finement régulé, qui s’adapte en permanence aux besoins de votre bébé. Si vous vous dîtes « je n’ai pas assez de lait », il y a de fortes chances que cela ne reflète pas une réalité physiologique, mais plutôt des difficultés passagères. Comprendre le fonctionnement de la lactation, repérer les vrais signes d’une prise alimentaire insuffisante et connaître les leviers pour soutenir la production permet de gagner en confiance et de vivre l’allaitement plus sereinement.
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