Les grossesses arrêtées représentent ces accidents spontanés, qui signent la fin prématurée d’une grossesse parfois déjà très investie. Elles restent malheureusement un sujet que l’on évoque à peine, avec ses parts d’ombres, alors voici quelques informations pour vous permettre de mieux les comprendre et les vivre le cas échéant.
Grossesses arrêtées : on fait le point.
Les grossesses arrêtées : qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit d’un arrêt spontané d’une grossesse en cours. C’est-à-dire que, pour l’une des raisons que nous développerons par la suite, la grossesse qui a débuté dans l’utérus va cesser son développement, de façon naturelle.
Les grossesses arrêtées : à quel stade de la grossesse ?
- Les grossesses arrêtées précoces : elles se produisent avant la 14ème semaine d’aménorrhée (14 semaines d’aménorrhée ou 12 semaines de grossesse). Certaines peuvent même passer inaperçues, puisqu’elles surviennent dans les tous premiers jours et être ainsi assimilées à des règles un peu retardées. Il s’agit donc d’un phénomène que l’on qualifie de fréquent dans le domaine médical mais cela signifie aussi que la très grande majorité des grossesses se poursuivent bien !
- Les grossesses arrêtées tardives : bien plus rares (moins d’1% des grossesses), elles ont lieu entre la 14ème et la 22ème semaine d’aménorrhée (SA). Au delà de 22 SA, on ne parle plus de fausse couche mais d’accouchement prématuré pour qualifier l’expulsion du fœtus.
Pourquoi surviennent-elles et peut-on les prévenir ?
Dans la plupart des cas, les grossesses arrêtées sont le résultat de phénomènes naturels que l’on ne peut maîtriser. Voici quelques raisons qui peuvent être à l’origine des grossesses arrêtées :
- Les anomalies du développement de l’embryon concernent la majorité des causes de grossesses arrêtées : dans la grande loterie génétique, certains incidents surviennent à des étapes clés de la formation d’un embryon qui, s’il est non viable, s’arrêtera naturellement d’évoluer. Ces anomalies peuvent être liées à des malformations chromosomiques incompatibles avec la poursuite de la grossesse.
- Une grossesse extra-utérine : cette grossesse est automatiquement non viable. Elle nécessite une prise en charge urgente lorsqu’elle ne s’interrompt pas spontanément et impose une surveillance médicale étroite.
- Il existe aussi le cas particulier de « l’œuf clair » : les membranes et le placenta se développent mais sans qu’un embryon ne se soit formé. Les hormones de la grossesse sont donc bien présentes (test positif et symptômes ressentis) mais elle n’évoluera malheureusement pas.
- Des facteurs liés à votre santé peuvent aussi influer sur l’évolution d’une grossesse : les maladies chroniques préexistantes mal équilibrées (comme le diabète, l’hypothyroïdie, les troubles de la coagulation, les problèmes hormonaux) ou les anomalies de l’utérus et du col. Il s’agit alors de prévoir un suivi médical adapté en amont afin de stabiliser la maladie en question et préparer une grossesse dans les meilleures conditions possibles.
- Enfin, certains facteurs extérieurs sont à l’origine d’une augmentation des risques de grossesses arrêtées : la consommation de drogues, d’alcool et de tabac par exemple (des équipes spécialisées dans ces problématiques existent, n’hésitez pas à les contacter si vous vous sentez en difficulté sur ces sujets). C’est aussi le cas de l’excès de caféine/théine (gardez le plaisir de votre café du matin s’il vous est indispensable mais essayez de diminuer dans la journée, et passez à la tisane le soir !) Bon à savoir : la contraception hormonale, comme la pilule, n’augmente pas le risque de fausse couche ultérieure.
- À l’inverse, contrairement à certaines idées reçues, une activité physique régulière et adaptée (on évite l’haltérophilie et l’ascension du Mont-Blanc par exemple) s’associe à une diminution des risques de fausse couche. Si vous en avez l’habitude, ne vous privez pas de vos séances hebdomadaires ! Et si le sport ne faisait pas partie intégrante de votre quotidien : marchez ! Cette habitude se révèle très bénéfique tout au long de la grossesse.
Bon à savoir : à l’approche de la ménopause, le risque de grossesse arrêtée augmente naturellement en raison de la diminution de la qualité ovocytaire.
Les (rares) cas de grossesses arrêtées à répétition
Le hasard, parfois rude, peut frapper plusieurs fois au même corps sans que l’on s’explique pourquoi. Cependant, au-delà de 3 grossesses arrêtées, il est recommandé de rechercher une cause éventuelle à ces tristes répétitions. Existe-il une pathologie qui pourrait expliquer ces récidives ?
Plusieurs bilans sanguins et examens seront entrepris afin de trouver des réponses et vous proposer une prise en charge adéquate.
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Comment reconnaître une fausse couche ?
Les signes d’une fausse couche peuvent être déroutants, tant ils se confondent parfois avec les manifestations normales du début de grossesse.
Les symptômes de la fausse couche
Les fameux symptômes de début de grossesse sont très inégalement partagés par les femmes, il est donc difficile de s’y fier complètement. Cependant, les symptômes les plus couramment décrits lors d’une grossesse arrêtée sont les suivants :
- Les saignements : de faible ou forte abondance, rouges, rosés, ou bruns, fluides ou sous forme de caillots (petites masses de sang coagulé).
Attention à l’hémorragie : en cas de saignements abondants (= protection rapidement imbibée avec obligation de la changer plusieurs fois dans la ½ heure) : faites vous accompagner aux urgences ou contactez les secours pour y être emmenée rapidement.
- Les douleurs pelviennes, synonymes de contractions utérines, qui peuvent s’apparenter aux douleurs ressenties parfois pendant vos règles.
Attention, ces symptômes peuvent aussi bien survenir lors du déroulement normal de votre grossesse et de même certaines fausses couches ont lieu silencieusement… alors comment s’y retrouver, et quel examen permet d’être rassurée, ou malheureusement révéler un arrêt de grossesse ?
Le diagnostic établi des grossesses arrêtées
L’échographie endovaginale (échographie qui se fait grâce à une sonde introduite dans le vagin) permet de localiser une grossesse dans l’utérus, de la dater et de détecter le plus précocement l’activité cardiaque de l’embryon dès les premières semaines et donc son absence le cas échéant. C’est grâce à cet examen, répété sur plusieurs jours si besoin, que l’on peut déterminer s’il existe une grossesse en cours et si elle évolue ou non.
En cas de doute lors cette échographie, notamment si la grossesse n’en est qu’à ses prémices, on peut aussi comparer l’évolution d’une hormone de la grossesse (appelée bêta-hCG) grâce à une série de prises de sang qui s’effectuent à 48 heures d’écart, afin de savoir si celle-ci se poursuit ou non. Les dosages doivent être effectués dans le même laboratoire, pour une meilleure fiabilité des résultats.
Bon à savoir : l’échographie endovaginale permet de mesurer le col de l’utérus, visualiser l’utérus et les ovaires. Elle se fait à l’aide d’une sonde allongée et arrondie, d’un diamètre inférieur à 2 cm, recouverte d’une protection en latex semblable à un préservatif et enduite d’un gel d’échographie (froid !).
Vous serez installée en position allongée ou légèrement relevée, avec les genoux fléchis, et la sage-femme ou le gynécologue insèrera la sonde délicatement dans le vagin et la déplacera légèrement afin d’obtenir des images de l’utérus sous différents angles. Cet acte requiert évidemment votre adhésion et votre consentement.

Que se passe-t-il quand on vit une grossesse arrêtée ?
Lorsqu’une fausse couche est diagnostiquée, une prise en charge médicale adaptée peut être proposée afin d’assurer votre sécurité, de limiter les complications et de vous accompagner au mieux physiquement et émotionnellement.
Grossesses arrêtées : quelle prise en charge médicale ?
Une fausse couche peut être spontanée. Dans ce cas, la grossesse se termine d’elle-même et vous pouvez subir des contractions utérines et saigner plus ou moins abondamment. Il est conseillé de réaliser une échographie dans les suites de cet événement afin de vérifier que l’utérus est bien vide et que la fausse couche est complète.
Si l’on diagnostique qu’une grossesse s’est arrêtée précocement à l’échographie, on peut vous proposer d’attendre que l’expulsion se fasse spontanément (mais cela peut durer, et imposer de toute façon une intervention) donc deux options peuvent vous être proposées :
- Le traitement chirurgical : tout comme une interruption volontaire de grossesse (IVG), il consiste en une aspiration de l’œuf dans l’utérus. Cette opération se déroule au bloc opératoire, sous anesthésie locale ou générale. Dans la grande majorité des cas, cela ne nécessite pas d’hospitalisation.
- Le traitement médicamenteux : administré par voie orale ou vaginale, il a pour but de provoquer des contractions de l’utérus afin d’évacuer l’œuf. Un contrôle échographique une dizaine de jours après permet de vérifier que la fausse couche a été complète. Si ce n’est pas le cas, on peut à nouveau proposer l’une de ces deux méthodes.
Que votre fausse couche se soit déroulée spontanément, ou qu’un traitement ait été nécessaire, n’hésitez pas à demander des anti-douleurs, et à ce qu’un arrêt de travail vous soit prescrit dans ses suites si vous en ressentez le besoin. Malheureusement, la prise en charge est encore très insuffisante et parfois traumatisante pour vous. Espérons que les progrès soient rapides et majeurs dans les mois ou années à venir.
Bon à savoir : la loi du 7 juillet 2023, parmi d’autres mesures, a instauré un arrêt maladie sans jour de carence pour les femmes ayant subi une grossesse arrêtée.
Rassurez-vous sur un point : les risques de celles-ci restent minimes, et la fertilité ultérieure identique (pas d’augmentation des risques d’infertilité). Les grossesses arrêtées peuvent en revanche laisser une trace psychologique car une grossesse qui s’arrête, même précocement, ce n’est jamais anodin. Nous vous recommandons de vous entourer d’une personne de confiance, afin de ne pas rester seule face aux sensations et sentiments que vous vivrez. Ne pas hésiter à en parler car c’est un deuil à faire et comme toute perte, il faut parfois du temps.
Les grossesses arrêtées : comment vivre l’après ?
Les conséquences physiques directes d’une grossesse arrêtée restent très souvent anecdotiques. Si vous envisagez un nouveau projet de grossesse dans ses suites immédiates, le corps médical vous engage à le mener à bien. Même après une grossesse arrêtée, l’ovulation reprend généralement rapidement. Il n’y a pas de délai à proprement parler, c’est surtout quand vous êtes prête.
En revanche, l’impact psychologique d’un tel vécu n’est pas anodin : la dépression et l’anxiété constituent des symptômes fréquemment décrits et une prise en charge de cette dimension semble primordiale.
Parfois la reprise des rapports peut aussi être complexe, il s’est passé quelque chose dans votre corps et c’est normal d’appréhender ces étapes, n’hésitez pas à en parler, des sages-femmes ou médecins sexologues peuvent vous aider.
Il s’agit pour beaucoup d’entre vous de faire le deuil d’une projection, qui concerne souvent une grossesse invisible aux yeux des autres, rendant les confidences plus délicates. Vous pouvez passer par de multiples ressentis, tous légitimes, qu’il s’agisse d’apathie, de colère, d’incompréhension, de profonde tristesse ou d’isolement. Ne restez pas seule face à ces sentiments :
- Entourez-vous notamment d’une équipe médicale et para-médicale en laquelle vous avez confiance (médecin gynécologue, sage-femme, psychologues) pour assurer votre suivi.
- Échanger avec votre partenaire sur vos propres vécus. Ils ont parfois des temporalités différentes, on ne chemine pas tous à la même vitesse et ce qui peut être passé pour l’un ne l’est pas toujours pour l’autre
- Ne pas avoir peur de vous confier à votre entourage. Vous trouverez peut-être l’oreille attentive d’une amie au même vécu.
- Si ce cercle proche vous semble trop maladroit ou que vous confier à eux vous gêne, il existe aussi des groupes de paroles. L’association Agapa accompagne notamment les patientes ayant subi une grossesse arrêtée.
- Par ailleurs, des femmes témoignent de plus en plus via les réseaux sociaux ou des podcasts, permettant de sortir du silence qui entoure traditionnellement ces pertes. Vous pouvez par exemple regarder @mespresquesriens ou écouter @aurevoir.podcast.
Le mot de Anna Colombiès, psychologue :
“Il existe de nombreux suivis pouvant aider à faire face à une grossesse arrêtée. Vous pouvez également vous rapprocher des réseaux de périnatalité de votre région pour obtenir le nom de professionnels spécialisés dans ce domaine.”
Les grossesses arrêtées sont des événements fréquents, souvent imprévisibles et profondément éprouvants, tant sur le plan physique qu’émotionnel. Chaque vécu est singulier, légitime et aucun chemin de reconstruction ne se ressemble. Se faire accompagner médicalement et psychologiquement, s’entourer et oser en parler sont autant de clés pour traverser cette épreuve et, lorsque le moment sera venu, se projeter à nouveau avec confiance.
Et pour finir : prenez soin de vous et votre corps, en lequel il s’agira de reprendre une pleine confiance. Et n’hésitez pas à extérioriser votre douleur si cela vous aide : écrivez, dessinez, dansez, élaborez petits et grands projets, bref allez de l’avant mais à votre rythme !
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Crédits photos : Sonyachny | Mgrsanko