En dehors du baby blues et de la dépression post-partum, le terme “difficulté maternelle” englobe d’autres maux psychiques du post-partum : hypervigilance, syndrome de stress post-traumatique, angoisse et anxiété, phobie d’impulsion : Comment les reconnaître ? Qu’est-ce-qui reste bénin (bien que tabou) et qu’est ce qui doit vous alerter ?
Hypervigilance maternelle, SSPT et phobie d’impulsion : on fait le point.
Les difficultés du post-partum
Après la grossesse et l’accouchement, vous voilà projetée dans le tourbillon du post-partum, qui comporte son lot d’idéalisations et de tabous. Une période qui comprend bien sûr de grandes joies et des découvertes uniques. Mais pour beaucoup d’entre vous, ce n’est pas tout.
Cette période n’est pas qu’idyllique et peut être favorable à certains troubles psychiques.
Quels sont les changements liés au post-partum ?
La période du post-partum vient profondément bousculer votre identité à plusieurs niveaux :
- L’identité corporelle : votre corps traverse d’importantes transformations. Les bouleversements hormonaux sont intenses et s’accompagnent de changements physiques parfois spectaculaires.
- L’identité psychique : devenir mère fait émerger une nouvelle dimension de votre identité intérieure. Cette nouvelle facette vient réorganiser les autres rôles que vous occupez déjà : femme, partenaire, professionnelle…
- L’identité amicale et familiale : à l’image de certains moments de rupture ou de transition, les relations évoluent. Vos liens familiaux et amicaux peuvent se renforcer, se redéfinir ou parfois se fragiliser.
- L’identité professionnelle : le rapport au travail est souvent profondément modifié. L’orientation de carrière, l’organisation du temps, le sens accordé au travail. Rares sont les femmes pour qui rien ne change.
- Le quotidien : avec un enfant de moins de trois ans à la maison, la charge quotidienne équivaut en moyenne à environ 8 heures de travail supplémentaires par jour.
- Les finances : l’arrivée d’un enfant entraîne fréquemment une dégradation de la situation économique et du niveau de vie du foyer.
Tous ces changements sont loin d’être anodins. Le stress et la pression liés à la maternité peuvent donc entraîner certains troubles psychiques.
Combien de temps dure le post-partum ?
D’un point de vue strictement médical, le post-partum correspond aux 6 à 8 semaines qui suivent l’accouchement, soit le temps nécessaire à l’utérus pour retrouver progressivement sa taille et sa position d’avant la grossesse.
Cependant, la survenue de troubles psychiques peut apparaître bien au-delà de cette période médicale, parfois plusieurs mois après la naissance. En réalité, le post-partum englobe aussi l’ensemble des transformations hormonales, corporelles, émotionnelles et psychiques qui accompagnent l’arrivée d’un enfant. Vu sous cet angle, sa durée devient beaucoup plus variable et propre à chaque femme.
Selon la sage-femme Anna Roy, le constat est clair : “À mon sens, le post-partum dure 3 ans. 3 ans parce que le post-partum déplace notre centre de gravité : nous vivions en nous, pour nous, avec la responsabilité de nous-même et il faudra désormais vivre aussi en quelqu’un d’autre, pour quelqu’un autre, avec la responsabilité de quelqu’un d’autre… et surtout… ad vitam aeternam ! Aussi excitant que vertigineux, aussi exaltant qu’angoissant.”

L’hypervigilance maternelle : causes, symptômes et solutions
Après l’accouchement, de nombreuses mères ressentent un état d’alerte permanent face aux besoins et à la sécurité de leur bébé : c’est ce qu’on appelle l’hypervigilance maternelle.
Qu’est-ce que c’est l’hypervigilance maternelle ?
On le sait, le cerveau devient hypersensible après l’accouchement, sa structure même change. Chaque stimulus s’amplifie : la lumière, le son, les odeurs… Le risque, c’est de tomber dans un état de panique ou d’hypervigilance obsessionnel, qui nuit fortement au sommeil, déjà bien tourmenté.
L’hypervigilance est un état d’hyperactivité quasi permanent, qui cause des troubles du sommeil puisque, même épuisée, vous ne cédez pas au sommeil et gardez un œil ouvert sur votre bébé. Normalement, ce trouble reste passager (environ une semaine), et heureusement, parce qu’il entraîne un cercle vicieux dangereux : l’angoisse vous empêche de dormir, ce qui accentue l’angoisse…
Que faire en cas d’hypervigilance maternelle ?
Si vous sentez que le lâcher prise est difficile : tirez la sonnette d’alarme, confiez votre enfant, même pour un laps de temps très court. L’idée c’est de ne plus avoir à veiller sur lui, le temps de penser à autre chose ou de dormir un peu.
Si malgré tout, ce trouble persiste, ne le négligez pas : parlez-en à un·e professionnel·le de confiance, il peut être l’un des symptômes du baby-blues, voire d’une véritable dépression du post-partum.
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La phobie d’impulsion : causes, symptômes et solutions
La culpabilité de ne pas ressentir le bonheur maternel attendu est centrale dans la problématique de la dépression post-partum et des phobies d’impulsion peuvent apparaître.
Qu’est-ce que c’est la phobie d’impulsion ?
Elles désignent la crainte intrusive et involontaire de faire du mal à votre bébé.
Pour ne citer que quelques exemples, il peut s’agir d’avoir peur de le noyer dans son bain, de l’étouffer dans son lit, le faire tomber de la table à langer, l’empoisonner… C’est irrationnel et violent, c’est surtout extrêmement culpabilisant et absolument inavouable.
Ces pensées obsédantes ont des conséquences traumatiques et créent une souffrance, un stress aigu, chez la personne qui les vit.
Pourtant, il s’agit d’un symptôme fréquent, qui ne signe ni dangerosité, ni facteur de gravité de la pathologie. Non, vous n’êtes pas folle. On observe même que ces manifestations découlent souvent d’un sens aiguisé des responsabilités qu’implique la prise en charge d’un enfant. L’hypervigilance qui existe après la naissance peut créer un trouble anxieux qui élabore des scénarios terribles, tout en traduisant une attitude de protection.
Que faire en cas de phobie d’impulsion ?
Parler : souvent, une oreille attentive ou les témoignages d’autres mères ayant vécu ces mêmes troubles liés au stress suffisent à vous rassurer et dissiper ces pensées envahissantes. La phobie d’impulsion disparaît parfois très vite, quand vous prenez l’assurance que vous savez vous occuper de votre bébé. Quoi qu’il arrive, si des pensées de ce type se manifestent, parlez-en à un·e professionnel·le, ne restez pas seule.
On parle souvent de l’anxiété de séparation mais ce trouble peut vous mener à vous éloigner de votre enfant par peur de lui faire du mal : vous êtes légitime auprès de lui, vous faites de votre mieux et c’est déjà formidable ! Ces pensées parasites ne sont pas corrélées à un risque de maltraitance, ne l’oubliez pas.

Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) : causes, symptômes et solutions
Après un accouchement difficile ou un événement vécu comme bouleversant, il arrive que le corps et l’esprit restent « bloqués » dans l’expérience. Comprendre le syndrome de stress post-traumatique permet de mettre des mots sur ce que vous traversez et de savoir quand demander de l’aide.
Qu’est-ce que le syndrome de stress post-traumatique ?
Les troubles du stress post-traumatique se manifestent après une situation traumatique et entraînent sa reviviscence régulière à travers des flash-back et des cauchemars par exemple, accompagnée de manifestations physiques liées à l’émotion extrême ressentie. Ils altèrent la vie personnelle, sociale et/ou professionnelle.
On en entend beaucoup parler chez les victimes de traumatismes comme les personnes victimes d’attentats, ou les hommes revenus du front, mais tout événement vécu avec un stress majeur et intense, et face auquel on se sent impuissant, peut générer ce syndrome post-traumatique. Un accouchement très difficile et loin de vos projections initiales peut donc tout à fait en être la cause et il n’est pas ridicule de votre part de nommer ainsi ce que vous ressentez.
Comment identifier un stress post-traumatique ?
Il peut être utile de clarifier ce qu’est un stress post-traumatique. Voici les signes possibles :
- Un état d’alerte permanent : vous vous sentez tendue, sur vos gardes, comme si un danger pouvait surgir à tout moment.
- Des reviviscences (flashbacks) : des images, sensations ou souvenirs s’imposent à vous sans prévenir, un peu comme des « intrusions » mentales difficiles à contrôler.
- Des comportements d’évitement : vous cherchez à fuir tout ce qui rappelle l’accouchement (lieux, discussions, souvenirs).
L’intensité et la durée de ces symptômes peuvent être influencées par votre « bagage de vie », c’est-à-dire d’éventuels traumatismes antérieurs (accident, agression, violences…). Un accouchement compliqué peut réactiver ces expériences passées.
Que faire en cas de syndrome de stress post-traumatique ?
Heureusement, ils disparaissent souvent quelques semaines ou mois après l’événement, à condition d’une prise en charge (thérapie ou psychothérapie) ou au moins d’un soutien de l’entourage.
À l’inverse, lorsqu’il n’est pas pris en charge, le stress post-traumatique se chronicise et s’associe à d’autres types de manifestations qui peuvent ressembler à celles caractérisant la dépression post-partum (DPP).
Dans tous les cas, si vous avez des pensées liées à votre accouchement qui reviennent régulièrement, que vous en faites des cauchemars ou n’êtes pas à même d’en parler sans émotions fortes, n’hésitez pas à en parler à un·e thérapeute, psychiatre ou autre professionnel·le de santé.

Comment repérer une dépression post-partum ?
Le diagnostic d’une dépression post-partum doit toujours être posé par un·e professionnel·le de santé. Toutefois, un outil de dépistage est largement utilisé : l’Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) et peut vous aider à pré-évaluer votre état actuel.
Dépression post-partum : en quoi consiste l’EPDS ?
Il s’agit d’un questionnaire d’auto-évaluation composé de 10 questions, destiné à mesurer votre mal-être ressenti après la naissance de votre enfant.
Les thèmes abordés sont répartis ainsi :
- 5 questions sur votre humeur,
- 2 questions sur votre anxiété,
- 3 questions sur votre culpabilité et le sentiment de difficulté.
Chaque question propose 4 réponses, notées de 0 à 3. Le score total peut donc aller jusqu’à 30.
Ce test présente l’avantage d’être rapide : il se complète en environ 5 minutes.
Quand et comment l’utiliser ?
L’EPDS peut être réalisé à partir de la 4ᵉ semaine après l’accouchement mais il peut être proposé un peu plus tôt si nécessaire. À titre préventif, il est recommandé de le refaire tous les deux mois.
Un score élevé suggère une souffrance plus importante. À partir de 13/30, de nombreux professionnel·le·s estiment qu’un accompagnement psychologique devrait être envisagé. Il est important de rappeler que ce questionnaire ne pose pas un diagnostic : en cas de doute ou de résultat préoccupant, il est essentiel d’en parler à votre sage-femme ou à votre médecin.
L’EPDS constitue un repère utile pour faire le point sur votre état émotionnel, mais seul·e un·e professionnel·le de santé pourra confirmer un diagnostic et proposer une prise en charge adaptée, notamment en cas de dépression post-partum tardive.
L’entretien postnatal
Depuis le 1er juillet 2022, la loi prévoit un entretien postnatal obligatoire, organisé entre la 4ᵉ et la 8ᵉ semaine après votre accouchement. Réalisé généralement par une sage-femme, cet échange vise à :
- Dépister précocement les signes de dépression du post-partum.
- Repérer les facteurs de risque.
- Identifier vos besoins de soutien.
Un second entretien peut vous être proposé entre la 10ᵉ et la 14ᵉ semaine, notamment en présence de facteurs de risque.
Le co-parent lui aussi peut être sujet à des troubles psychiques durant cette période :
Le mot de Romuald Jean-Dit-Pannel, psychologue, pour les co-parents
”Votre santé mentale compte tout autant alors ne la mettez pas entre parenthèses, ne serait-ce que parce que prendre soin des autres nécessite d’être soi-même bien. Hypervigilance, phobies d’impulsion, stress post traumatique (par exemple si vous avez eu peur de perdre votre compagne et/ou votre bébé) peuvent toucher tout autant le co-parent. Dans ce cas-là, une chose à faire : en parler à votre entourage et à un·e pro de santé en qui vous avez confiance.
Vous devez ensemble apprendre l’ambivalence : des moments où vous sentez que vous pouvez tout faire, d’autres où vous avez l’impression d’être inutile… Si votre conjoint·e a des moments de doute, ne sait plus quoi faire, se sent inutile, à vous de lui rappeler que c’est normal… Et vice-versa !
Surtout, si vous sentez que ça devient trop : éloignez-vous du bébé mis en sécurité dans son lit et soufflez.”
En résumé, ces manifestations sont plus fréquentes qu’on ne l’imagine et ne disent rien de votre valeur de mère, ni sur votre capacité à aimer et protéger votre enfant.
Bien évidemment et on ne le rappellera jamais assez, rien ne vaut une consultation avec un·e professionnel·le de santé en qui vous avez confiance. Mais si ces quelques lignes vous permettent de vous reconnaître, et d’amorcer un déclic, alors ça sera déjà bien ! L’étape d’après, c’est de prendre soin de vous et de votre santé mentale, en rompant votre isolement.
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