D’après la Haute Autorité de Santé (HAS), environ 70 % des bébés de moins de 4 mois ont des régurgitations quotidiennes. Fréquentes et normales, les régurgitations du nourrisson peuvent toutefois être source d’inquiétude chez les jeunes parents. Comment les expliquer et quand consulter ?
Que faire face aux régurgitations du nourrisson ? On fait le point.
Pourquoi un nourrisson régurgite-t-il ?
Les régurgitations du nourrisson sont tout à fait physiologiques. Ce sont des remontées ou des rejets de lait et de salive après la tétée ou le biberon. Il s’agit d’un reflux dans l’oesophage de ce que contient l’estomac et ce, jusqu’à l’extérieur de la bouche.
Le cardia (l’anneau valve qui empêche le contenu de l’estomac de remonter) étant immature, une partie du lait contenu dans l’estomac remonte car cet orifice ne parvient pas encore à effectuer les bons mouvements. L’immaturité du système digestif de votre bébé provoque notamment :
- Une capacité gastrique limitée : l’estomac de votre nourrisson est petit, alors que les apports en lait sont importants (environ 120 à 150 ml/kg/jour, contre 40 à 50 ml/kg chez l’adulte). À cela s’ajoute l’air avalé pendant les tétées. Si votre bébé continue de boire alors que son estomac est plein, cela entraîne un excès de contenu favorisant le reflux. De plus, la vidange de l’estomac peut être plus lente, ce qui accentue ce phénomène.
- Un œsophage court : comme l’estomac, l’œsophage de votre nourrisson a une capacité réduite par rapport aux quantités ingérées, ce qui facilite les remontées du contenu gastrique.
- Un sphincter immature : le muscle situé entre l’estomac et l’œsophage, dont le rôle est d’empêcher les remontées, est encore immature chez le bébé. Il peut donc se relâcher plus facilement, favorisant ainsi le reflux.
Pour autant, les régurgitations sont sans gravité pour votre nourrisson. Elles diminuent avec le temps et finissent par disparaître dès que votre bébé parvient à adopter la position debout mais également grâce à la diversification alimentaire.
Certains nourrissons régurgitent plus que d’autres. Cependant, si votre bébé continue à prendre du poids et a une courbe de croissance régulière, il n’y a aucune raison de s’inquiéter. En règle générale, les régurgitations cessent entre 9 mois et 1 an. La fréquence maximale des régurgitations étant souvent atteinte vers l’âge de 4 mois environ.
Les bébés allaités sont généralement moins sujets à la régurgitation que ceux nourris au lait infantile.
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Comment éviter ou atténuer les régurgitations du nourrisson ?
Les régurgitations chez le nourrisson sont fréquentes et le plus souvent bénignes, mais il existe plusieurs méthodes, naturelles ou médicales, pour les réduire et apaiser votre bébé.
Les méthodes naturelles pour faire face aux régurgitations du nourrisson
Il est tout à fait normal que votre bébé régurgite et ce, qu’il soit allaité ou nourri au lait artificiel. Néanmoins, certaines astuces peuvent être efficaces pour essayer de diminuer ou d’apaiser les régurgitations du nourrisson :
- Réaliser des pauses lors de la tétée ou du biberon qui permettent à votre nourrisson de roter et de faciliter la digestion.
- Respecter les bons dosages lors de la préparation des biberons.
- Donner des repas fractionnés et moins copieux.
- Lui faire faire le rot après les repas.
- Le garder à la verticale 30mn après le repas.
- Ne pas trop le mobiliser après le repas.
- Ne pas trop serrer ses couches ou ses vêtements afin de ne pas comprimer l’abdomen.
- Attendre 3 ou 4 heures entre les biberons pour favoriser le bon fonctionnement du système digestif
- Si votre bébé a déjà débuté la diversification alimentaire, il est possible d’ajuster son régime. Il est conseillé de favoriser des aliments à texture plus épaisse, comme les purées ou les préparations hachées. Par ailleurs, il est préférable de réduire la consommation de chocolat ainsi que des fruits acides, en particulier les agrumes.
- Se renseigner auprès de votre professionnel·le de santé, notamment sur les laits à formule épaissie qui peuvent diminuer les régurgitations.

Les laits épaissis pour faire face aux régurgitations du nourrisson
Une autre solution pour lutter contre les régurgitations importantes est l’utilisation de lait épaissi :
- Le lait légèrement épaissi : en cas de régurgitations fréquentes mais non douloureuses, un lait épaissi à l’amidon (maïs ou pomme de terre), disponible en grande surface, peut suffire. Il permet aussi une tétée plus lente qui doit idéalement durer 20 à 30 minutes.
- Le lait anti-régurgitation (AR) : plus épais, généralement à base de caroube et disponible en pharmacie, il est indiqué lorsque les reflux sont importants, fréquents ou gênants. Ils sont également utiles chez certains nourrissons ayant des troubles de la déglutition.
Tolérance digestive : la caroube peut entraîner des gaz ou des diarrhées. Elle est parfois associée à de l’amidon pour mieux équilibrer le transit.
Bon à savoir : l’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) est une cause fréquente de troubles digestifs chez le nourrisson. Dans ce cas, votre professionnel·le de santé vous proposera un lait spécial pendant 2 à 4 semaines pour réaliser un diagnostic.
Si les symptômes s’améliorent pendant l’éviction et réapparaissent lors de la réintroduction, le diagnostic d’APLV est très probable. Cela conduit alors à exclure ces protéines de l’alimentation pendant plusieurs mois.
Le mot d’Emmanuelle Rondeleux, pédiatre :
“Si votre bébé est allaité, il n’y a pas de raison d’arrêter l’allaitement, même si votre enfant régurgite régulièrement. Le lait maternel est tout à fait adapté au système digestif de votre bébé.”

Les traitements médicamenteux pour faire face aux régurgitations du nourrisson
Le recours aux médicaments dans le reflux gastro-œsophagien (RGO) chez le nourrisson n’est justifié que lorsqu’il s’agit d’une forme pathologique.
Parmi les options, on retrouve l’alginate de sodium (Gaviscon®) qui forme un gel diminuant les remontées acides et soulageant les douleurs en protégeant l’œsophage. Il est généralement efficace, avec peu d’effets indésirables (parfois une légère constipation), mais doit être prescrit et surveillé par un médecin.
Les traitements visant à réduire l’acidité gastrique comprennent les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), tels que l’ésoméprazole ou l’oméprazole. Leur utilisation est autorisée à partir de 12 mois. Avant cet âge, ils peuvent être prescrits avec précaution. Bien tolérés en général, ils exposent néanmoins à divers effets secondaires.
Enfin, ces traitements n’agissent pas sur la fréquence des régurgitations, qui nécessitent plutôt des mesures comme l’épaississement du lait ou des adaptations alimentaires.
Quand faut-il consulter lorsqu’un bébé régurgite ?
Aucun traitement n’est nécessaire en cas de régurgitation physiologique. Pour autant, les régurgitations ne sont pas censées causer de vomissements. Elles surviennent sans aucun effort après la tétée ou le biberon.
Si votre bébé vomit de manière abondante ou en jet, surtout durant les trois premiers mois de sa vie, vous devez consulter un·e pédiatre en urgence afin de vous assurer qu’il ne s’agisse pas d’une sténose du pylore, une complication qui s’explique par le rétrécissement de la valve à la sortie de l’estomac.
Il est important de rester attentif·ve à l’apparition de symptômes d’un reflux gastro-oesophagien (RGO) pathologique. Il est vivement conseillé de consulter votre pédiatre lorsque vous observez :
- des pleurs à répétition,
- une toux persistante,
- une prise de poids insuffisante,
- des troubles du sommeil,
- un refus de s’alimenter lors de la tétée ou du biberon.
Bien que rare, les régurgitations peuvent également s’accompagner d’une oesophagite, une inflammation de l’oesophage qui s’explique par la préparation d’un lait trop chaud, une allergie ou un reflux acide.
Toutes les régurgitations ne correspondent pas forcément à un reflux. Certains signes doivent toutefois vous amener à consulter en urgence si votre bébé présente :
- des vomissements en jet, de plus en plus abondants, en particulier avant l’âge de 8 semaines,
- des vomissements de couleur jaune, verdâtre ou rouge,
- des selles rouges ou noires,
- un état inhabituel de mollesse ou d’apathie,
- une fontanelle bombée, associée à des mouvements évoquant des convulsions,
- un ventre très gonflé, dur ou douloureux,
- un malaise lors d’une régurgitation, avec une coloration bleutée ou très pâle, une perte de tonus et des difficultés à reprendre sa respiration.
En résumé, les régurgitations surviennent durant les moments d’éveil. Rassurez-vous, elles sont sans danger pour votre nourrisson et finissent par cesser. Certaines mesures simples permettent de limiter les régurgitations. Cette extériorisation du lait ne doit vous inquiéter que lorsqu’elle est accompagnée d’autres symptômes.
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